Recherche et enseignement

Appel à articles – La religion au travail

Appel à articles pour Sociologies Pratiques numéro 39 à paraître en octobre 2019.

Les intentions d'article (5000 signes max.) sont attendues pour le 26 août 2018 (voir l'appel à articles complet)

La revue Sociologies pratiques s’adresse aux chercheurs académiques et universitaires tout autant qu’aux professionnels, intervenants, consultants qui mobilisent la sociologie pour leurs travaux.

Les articles attendus peuvent être de deux natures.

D’une part, des analyses réflexives et sociologiques fondées sur des recherches empiriques récentes (analyses de témoignages, études de cas, débats critiques, etc.).

D’autre part, des analyses de pratiques professionnelles (témoignages de pratiques et réflexion sur les conditions de l’action, les justifications de l’action et les conséquences sur l’action).

Dans l’un comme dans l’autre cas, les articles doivent être analytiques et traiter de l’une ou de plusieurs des questions soulevées dans l’appel.

Les articles qui croisent différents axes développés dans l’appel sont les bienvenus.

La religion au travail - extrait de l'appel à articles

Coordination scientifique : Claire de Galembert ENS Cachan, CNRS Institut des Sciences Sociales du Politique
Coordination éditoriale : Julien Tassel, GRIPIC, Sorbonne Université

Le monde des relations professionnelles n’échappe pas à la réaffirmation des identités religieuses et aux crispations qu’elles génèrent.

La question n’est certes pas totalement nouvelle.

Chronologiquement elle s’articule fortement à l’apparition du «problème musulman » dont les grèves dans l’industrie automobile du début des années 80 marque une séquence importante (Mohammed, Hajjat, 2013 ; Gay, 2015).
Mais les tensions liées à des revendications religieuses (vestimentaires, alimentaires, sanitaires, demandes de jours fériés pour les fêtes religieuses, aménagement d’horaire, refus de la mixité, de manipulation de certains produits etc.) prennent de l’ampleur en France comme dans d’autres pays.

C’est ce qu’indiquent des enquêtes quantitatives (OFRE et Randstad, 2013, 2014, 2015) comme les récentes polémiques qui ont émaillé l’actualité (affaire Baby-loup, celle des « barbus » de la RATP, des nounous voilées etc.).

Si l’islam tient une place importante dans ce phénomène, il n’est pas la seule confession en cause ainsi que le révèlent, par exemple, les problèmes de soignants confrontés à des refus de soin de patients juifs, catholiques ou témoins de Jehova justifiés par des motivations religieuses ou encore ceux d’enseignants faisant face à la revendication émanant de personnes juives ou sikhs.

C’est aussi à travers la problématique de gestion de la diversité ou de la discrimination religieuse à l’embauche que le sujet de la religion dans le monde du travail a émergé (Simon et al. 2010 ; Valfort 2015 ; Simon, Eberhardt 2015).

Il a été beaucoup question de cette poussée de la problématique religieuse au sein de l’entreprise privée (Banon, 2006 ; Bouzar 2008 ; Bouzar, Bouzar, 2009 ; Maillard 2016).

Mais d’autres univers professionnels sont concernés tels que celui de l’intervention sociale (Guélamine, Faïzia, 2014), des grandes entreprises publiques ou encore d’administrations publiques (Bowen et al. 2013), et en particulier l’école, l’hôpital (Levy, 2011), l’armée (Bertossi, 2013), la prison (Béraud, Galembert, Rostaing 2016), l’institution judiciaire. Ces univers sont eux aussi bousculés par des pratiques et revendications non seulement de leurs publics ou usagers mais aussi parfois des agents qui y interviennent.

La multiplication des chartes, des directives sur les bonnes pratiques, les évolutions législatives, la formalisation ou codification de règles, l’apparition de cabinets de conseils ou de formations spécialisées, la montée du contentieux dans les juridictions aussi bien nationales qu’européennes témoignent bien que les normes ne vont plus de soi.

La problématique de la lutte contre la radicalisation qui a germé depuis les attentats commis en France en 2015 n’a fait qu’exacerber les doutes, interrogations et demandes de repères pour régler ces situations problématiques.
D’autant plus qu’il revient désormais à un certain nombre de professionnels, (enseignants, juges, travailleurs sociaux, surveillants de prison etc.) non pas seulement de réguler le religieux mais aussi d’en évaluer la dangerosité potentielle.

Bien que l’on assiste à une multiplication des publications produites par les entreprises et organismes publics (Observatoire de la laïcité, 2013), les syndicats, les juristes ou professionnels du management (Honoré, 2016 ; Maillard, 2017) sur le sujet de la religion au travail, les éclairages sociologiques demeurent encore très lacunaires et épars (Bowen et al. 2013 ; Verba, Guélamine, 2014 ; Chessel, Pelletier, 2015 ; Valfort 2015).

Si tel est le cas c’est aussi que, malgré la réflexion fondatrice de Max Weber sur les affinités électives entre l’ascétisme calviniste et le développement du capitalisme (Weber, 2004 [1905]), l’articulation entre religion et travail est demeurée à ce jour une thématique sous- explorée tant en sociologie du travail qu’en sociologie de la religion.

Dans une perspective exploratoire ou de défrichage, le dossier voudrait contribuer à susciter et/ou faire connaître des travaux empiriques en cours et à livrer des pistes d’analyses utiles aussi bien à la réflexion théorique qu’aux praticiens confrontés à des problèmes concrets. Il paraît heuristique de ne pas réduire l’articulation entre religion et travail à la seule situation de conflictualité qui est loin d’épuiser la réalité des liens qui se tissent entre vie professionnelle et religion.

Au-delà de l’intérêt pour le sujet de la religion au travail, il s’agira de se demander dans ce numéro en quoi religion et travail sont susceptibles de tenir lieu d’analyseurs réciproques des transformations à l’œuvre aussi bien dans l’un que dans l’autre.

Pour télécharger l'appel à articles complet au format PDF, cliquez ici.