Approches communicationnelles des organisations

Approches communicationnelles des organisations
Sciences de la société n°74, 2008

Comprendre les organisations par la communication, tel pourrait être le point commun de l’ensemble des articles de ce numéro de la revue Sciences de la société. Un numéro à vrai dire tout à fait intéressant sur l’état des recherches en communication des organisations. L’occasion en tout cas de prendre connaissance des récentes recherches menées tant au Canada qu’en France.

Depuis de nombreuses années, un courant de recherche dynamique existe au Canada autour de J-R Taylor, E. Van Every, Nicole Giroux entre autres. Un courant fécond qui situe la communication à la base du phénomène de l’organisation.

En clair, ces auteurs développent une conception de l’organisation comme émergeant de la communication, la communication entendue à travers ses diverses modalités (réunions, téléphone, plate-formes de travail, espaces de vente, couloir, cafétéria… mais aussi messages, discours, textes). L’intérêt de ce champ de recherche est de désenclaver la communication, de l’élargir pour la situer sur le double plan de la conversation et du texte, pour reprendre les catégories développées par J-R Taylor. Situations de communication professionnelle, processus communicationnels imbriqués dans les processus de production de biens et de services, élaboration de discours à vocation performatives par les politiques de communication, constituent tout à la fois des objets d’études et des clés d’interprétation des phénomènes sociaux et organisationnels où ils prennent place  constatent Jean-Luc Bouillon, Sylvie Bourdin et Catherine Loneux, trois chercheurs qui développent en France ces approches communicationnelles des organisations.

Bien entendu, ces recherches vont au-delà des dimensions fonctionnelles de la communication telle qu’on l’entend dans les entreprises. Pour autant, elles représentent un intérêt majeur pour des communicants qui sont confrontés à la complexité des situations en entreprise et qui s’intéressent à la dimension sociale des pratiques communicationnelles. Des passerelles doivent être trouvées entre des telles recherches et les communicants. Non pas pour instrumentaliser les recherches, mais pour progresser dans la voie de la compréhension des transformations. On a trop enfermé, pour de multiples raisons, la communication dans l’image. Or la dimension sociale prend une telle place que les communicants ont besoin d’élargir leur champ de vision et de connaissance. On ne saurait donc trop leur recommander la lecture de ce numéro, même si l’aridité de certains articles peut parfois rebuter. Nous reviendrons prochainement en tout cas sur les enjeux pour les communicants d’une meilleure connaissance des recherches en sciences de l’information et de la communication, et plus largement en sciences humaines et sociales.

 

Jean-Marie Charpentier