Contredire l’entreprise, sous la direction de Thierry Libaert, Andréa Catellani et Jean-Marie Pierlot

Presses Universitaires de Louvain, 2010, 162 pages

Il s'agit des actes d'un fort intéressant colloque qui s'est tenu en octobre 2009 à l'université de Louvain en Belgique. Après un premier colloque en 1990 intitulé « Dire l'entreprise » à l'initiative du professeur Axel Gryspeerdt, figure éminente de la communication et des relations publiques, Thierry Libaert, Andrea Catellani et Jean-Marie Pierlot ont voulu lui rendre hommage en organisant un nouveau colloque centré cette fois moins sur les discours de l'entreprise elle-même que sur les tensions et contradictions révélées par les communications de et sur l'entreprise.

Vingt ans après l'émergence d'une communication souvent flamboyante, et en tout cas maîtrisée de l'entreprise, celle-ci est en butte à un discours critique, à des contestations multiformes de la part de parties prenantes, tant internes qu'externes. Lors du colloque, des universitaires et des praticiens ont mis au jour différentes « interpellations ».

Deux chercheurs Nicole Denoix et Valérie Carayol ont analysé par exemple la place de l'humour, de la caricature, de la dérision qui, à travers presse et médias notamment, tendent à « déconstruire les discours trop lisses de l'entreprise ».

Autre analyse intéressante, celle d'Andrea Catellani, universitaire à Louvain. Il revient sur l'initiative, des Amis de la terre qui ont créé le « prix Pinocchio » pour « illustrer et dénoncer les impacts négatifs de certaines entreprises françaises en totale contradiction avec le concept de développement durable qu'elles utilisent abondamment ».

Axel Gryspeerdt indique pour sa part combien les crises, les controverses, les contestations qui se déploient dans la société ou les réseaux sociaux vis-à-vis de l'entreprise pourraient avoir une dimension féconde. « Les questions principales à se poser s'énoncent de la manière suivante: Qu'avez-vous fait de votre crise? Qu'avez-vous fait de la rumeur qui vous concerne? Qu'avez-vous fait de votre contestation? À quoi vous a-t-elle servi ? Que révèle-t-elle?…» Pour tirer partie de ces contradictions, l'entreprise doit selon lui savoir « décoder les messages ». « Le noeud des controverses ne se situe ni dans les manifestations souvent fortement médiatisées qui les accompagnent, ni dans les cibles visés par les détracteurs, mais bien dans les thématiques qu'elles soulèvent ».

La controverse, la critique ou alors le contrepied, l'humour parfois sont des régimes d'interaction qui appellent de la part de l'entreprise de nouvelles modalités de communication. On en est, semble-t-il encore loin. Même si des tentatives existent de faire évoluer la communication vers la relation, la confrontation, la négociation, la recherche de compromis, force est de constater que ces initiatives restent encore trop limitées. On préfère encore le discours lisse, le propos toujours positif, la projection d'une image fixe, là où il conviendrait de pousser une approche de dialogue et de négociation.

 

Robert De Backer

Cahier de la communication interne n°27