Le droit à la vulnérabilité, Thierry Calvat et Serge Guérin

Michalon, 2011, 121 pages

« Ce n’est pas parce qu’on est vulnérable qu’on n’est pas capable » auraient pu écrire en résumé les auteurs de cet ouvrage porté tout au long de ses pages par cette belle conviction. La prise en compte des fragilités dans le monde du travail est compatible avec la recherche de la performance, assurent-ils. Mieux: elle peut même en être un des leviers. Le premier mérite de cette lecture est de souligner la pertinence de la question dans notre société vieillissante et, au-delà, de rappeler que l’attention à l’autre donne sens à la notion de société, dont l’entreprise est l’une des expressions.

Une question d’autant plus aiguë que l’entreprise en accélération permanente, survalorise la performance individuelle, génère excès, brutalités et fragilités : « Et si la croissance économique ne produisait que de la décroissance du lien social? » s’alarment les auteurs. Après ce constat, l’originalité de leur démarche consiste à éviter de se placer sur le terrain de la morale : « la question de la vulnérabilité doit être envisagée par-delà l’angle du bien, (…) aussi sous l’angle de l’intérêt ».

C’est tout l’enjeu du « care management », un principe de conduite des affaires qui transforme les parties prenantes vulnérables en acteurs de la performance sociale de l’organisation. Une société du « care » est une société de l’accompagnement qui, par exemple, valorise les emplois de service à la personne. Une société du « care » a compris que la question de la fragilité est toujours une question de relation et de réciprocité. « La réussite d’une société se mesure à sa capacité à accompagner le plus faible, le plus fragile ». Reste à concrétiser ce propos.

C’est ce que proposent les auteurs dans la deuxième partie avec quelques exemples (Novartis, Macif, British Telecom…) qui illustrent l’engagement de ces entreprises à aider les aidants, en l’occurrence leurs collaborateurs concernés. La « disruption » que constitue la prise en compte par l’entreprise de la question de la vulnérabilité lui offrira-t-elle l’opportunité de retrouver une nouvelle légitimité? Tel est le voeu qui vient conclure cet ouvrage-manifeste qui devrait intéresser les lecteurs convaincus du rôle d’intégration sociale de l’entreprise.

 

Philippe Olivier

Cahier de la communication interne n°29