L’enfer de l’information ordinaire

Christian Morel
Gallimard, 2007, 242 pages

Qui ne s’est pas énervé devant un distributeur de titres de transport difficile à manipuler ? Qui n’a pas tenté en vain de déchiffrer la notice technique du thermostat de son chauffage, ou de comprendre le pictogramme d’un balai d’aspirateur ? Nous vivons au milieu d’innombrables outils destinés à faciliter la vie quotidienne. Mais les modalités d’information de leur utilisation compliquent celle-ci, tant elles sont trop souvent problématiques, énervantes, source de malentendus et coûteuses en temps… un enfer !

L’auteur, bon ange, s’efforce de décrire la mauvaise qualité des produits de l’information ordinaire : pictogrammes, modes d’emploi, tableaux de bord, graphisme, afin d’en dégager les causes comme les effets. La communication managériale fait partie de son champ de recherche, les effets pervers de PowerPoint par exemple ; son utilisation serait catastrophique pour la lisibilité en partie à cause du logiciel. Mais l’auteur dénonce le manque de communication empathique des managers et conférenciers, peu préoccupés de la lisibilité des documents qu’ils projettent, victimes qu’ils sont d’une obsession esthétique, faire beau plutôt que lisible.

Enfin une longue analyse s’applique à l’enfer de la vulgarisation : description au détriment de l’explication, sélection chaotique des sujets, etc. Selon l’auteur, la rage d’être abscons est profondément ancrée dans la nature humaine. Né pour assurer la conversation et raconter des histoires, le langage n’est pas adapté à l’information. De surcroît, l’ancestrale pulsion esthétique brouille l’écriture et le graphisme d’information. La rage d’être abscons est aussi une résultante directe de l’action des forces économiques : les monopoles ne sont pas incités à améliorer les interfaces homme-machine, ni la documentation technique ; la concurrence pousse les entreprises à créer des interfaces originales que les consommateurs sont obligés d’apprendre.

Cet ouvrage sera utile à ceux qui sont responsables de la mise au point de pictogrammes, de modes d’emploi, de vulgarisations. Plus largement, il change, me semble-t-il le regard du lecteur sur les multiples outils de son information ordinaire. Quand on est conscient d’être en enfer, on est plus proche de la sortie…

 

Robert de Backer