Note de lecture : L’envie, une stratégie. Quand l’enthousiasme stimule la performance de l’entreprise, Olivier Bas

Dunod, 176 pages

Plusieurs dirigeants ont accepté de donner leur vision de l’envie dans l’entreprise : Antoine Frérot (Véolia), Denis Olivennes (Lagardère active), Frédéric Lavenir (CNP Assurances), Stéphane Richard (Orange), Thierry Blandinières (In vivo), et Benjamin Barbé (start-up Pandasuite). Ces témoignages permettent d’illustrer le constat et les pistes d’évolution suggérées par Olivier Bas, vice-président de Havas Worldwide Paris. Vingt ans de conseil en communication et gestion du changement amènent l’auteur à poser un constat : l’entreprise est parfois devenue un lieu de piètre performance, voire d’isolement et de souffrance des salariés.

Dans une première partie, Olivier Bas montre que l’envie est un puissant générateur d’engagement des individus.

La seconde partie, beaucoup plus étoffée, établit un bilan de nos organisations qui, en voulant améliorer la performance, ont finalement tué les ressorts de l’envie. Il s’appuie notamment sur les travaux d’Armand Hatchuel et Blanche Segrestin (Refonder l’entreprise, prix Afci 2013 du livre). Le concept de performance nuit à l’envie pour plusieurs raisons :

  • les managers aux prises avec « la mesurite » n’ont plus le temps de créer du lien ;
  • les services de com’ sont obsédés par le contrôle de l’information, et délivre un « prêt à penser » qui ne permet pas à la pluralité des voix de se faire entendre ;
  • les politiques RH fabriquent moins de collectif et plus d’individuel ;
  • la contrainte de l’orientation client a abîmé l’amour du métier bien fait.

La troisième partie du livre est consacrée au ressort de l’envie pour penser l’entreprise avec des finalités bien supérieures à la création immédiate de profit. Le message s’adresse d’abord aux dirigeants qui doivent redonner l’envie à leurs troupes, mais également aux communicants pour qu’ils se réconcilient avec les émotions et s’émancipent du registre permanent de l’urgence.

Il s’adresse aussi aux managers dont la mission pourrait être de susciter de l’optimisme et aux équipes RH qui pourraient réveiller la capacité à vivre ensemble. L’ouvrage renvoie aussi à une réflexion sociétale plus large concernant notamment la responsabilité des enseignants, des médias et du monde politique. La critique sur les médias est explicite : « la forme a coulé le fond, on ne retient rien, et cette forme est la polémique, l’outrance négative et le pessimisme cynique ».

L’examen de conscience à propos de la fonction communication par cet homme du métier est aussi sans concession ; il nous livre une description de la schizophrénie actuelle des politiques de communication interne : on veut à la fois libérer l’expression des salariés tout en la contrôlant, faire dialoguer les managers avec leurs équipes, tout en les équipant de Q/R et autre « éléments de langage ».

La question de la parole dans l’entreprise est posée à nouveau, avec des pistes pour la libérer grâce à une stratégie de l’envie, explicitée, mais qui ne trouve pas encore réellement de mise en œuvre opérationnelle. Espérons un tome 2 dans quelques années, qu’Olivier Bas pourrait venir soutenir lors d’un témoignage pendant la formation aux sciences sociales de l’Afci !

Ingrid Maillard,
administratrice de l’Afci

Cahier de la communication interne n°36