Les tyrannies de la visibilité. Être visible pour exister

Collection Sociologie clinique, Édition Éres, 2011, 350 pages

Cet ouvrage rassemble sous la direction de Nicole Aubert, professeure à l’ESCP Europe, membre du laboratoire du changement social de l’Université Paris 7, et Claudine Haroche, directeur de recherches au CNRS, un ensemble de points de vue de sociologues, de politistes, de psychanalystes, d’historiens ou encore de chercheurs en sciences de l’information et de la communication sur la question de la visibilité.

Ils analysent selon leur discipline le phénomène apparu dans les années 90 de l’impérieuse nécessité de se rendre visible de façon à capter à l’attention. L’ouvrage tente de répondre à de nombreuses interrogations: pourquoi l’exigence de visibilité a-t-elle pris autant d’ampleur? Quelles en sont les manifestations et les conséquences sociales, sociétales, professionnelles, etc. Mais aussi, quelles sont les répercussions de cette tyrannie de la visibilité en termes de rapport à soi et à l’autre. Outre des analyses historiques, philosophiques ou encore sociologiques développant les effets de l’image dans la société contemporaine - Nicole Aubert s’interroge par exemple sur la visibilité comme substitut à l’éternité -, plusieurs auteurs apportent leur analyse.

Francis Jauréguiberry, sociologue, différencie le networking instrumental (présentation de soi sous la forme de profil, de critères ou de productions de soi) dans un but moins de reconnaissances que de bénéfices matériels ou symboliques, du cybernarcissisme où est recherchée la notoriété, voire la célébrité. « L’essai de soi comme un autre » sur Internet présente un aspect inquiétant mais il peut être saisi comme une opportunité par certains internautes pour échapper aux images trop restrictives d’eux-mêmes que leur renvoie la société.

Serge Tisseron, psychiatre et directeur de recherche à l’Université Paris 10, s’intéresse aux nouveaux réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter, mais aussi Coyotte (réseau repérant les radars mobiles). Il montre combien ils nourrissent des désirs universels tels que celui d’intimité, d’éternité, de se montrer, de maîtriser la distance relationnelle… Mais ces réseaux impulsent aussi de nouvelles caractéristiques comme l’universalité, l’interchangeabilité des interlocuteurs, l’éloge de l’immédiateté, etc. Autant de regards très instructifs pour tout praticien de la communication qui s’interrogent sur les bouleversements engendrés par les réseaux sociaux, les blogs, ou Internet.

Françoise Plet-Servant

Cahier de la communication interne n°29