Liberté & Cie. Quand la liberté des salariés fait le bonheur des entreprises, Isaac Getz, Brian M. Carney

Fayard, 2012, 387 pages

Brian M. Carney, directeur des pages débats du Wall Street Journal, et Isaac Getz, docteur en psychologie et professeur à l’ESCP, ont choisi dans cet ouvrage de s’intéresser aux vertus comparées des « entreprises comment » et des « entreprises pourquoi ». Les premières, qui composent la quasi-totalité du paysage actuel, sont hiérarchiques, bureaucratiques et dotées d’un système de contrôle descendant. Dans ces entreprises, on passe beaucoup de temps à dire aux salariés comment faire leur travail, où mettre les machines, quand venir travailler et quand rentrer chez soi.

Une « entreprise comment » produit de la procédure et des échelons hiérarchiques. Ces environnements sont finalement hostiles aux idées des salariés de base ainsi qu’à leur motivation. Ils reposent sur le principe de la division du travail. L’ouvrier, concentré sur une tâche parcellisée, ne contrôle plus son travail ni l’objectif de celui-ci. Il ne peut que perdre tout intérêt pour le résultat final. Ce qui génère une surveillance plus étroite des contremaîtres et la multiplication des mécanismes de contrôle provoquant un désengagement encore plus grand des ouvriers.

Les « entreprises pourquoi », également appelées « entreprises libérées » par les auteurs, fonctionnent tout autrement. La myriade de « comment » est remplacée par une seule question : pourquoi faites-vous ce que vous faites? La réponse est toujours la même : pour que les clients soient contents. Dans ces entreprises, les salariés jouissent d’un contrôle réel sur leur travail, la hiérarchie ne leur dit pas comment faire. L’encadrement disparaît. Les salariés sont organisés en équipes qui se choisissent un leader et peuvent le remettre en question.

Mais la liberté au travail, ce n’est « ni la hiérarchie ni l’anarchie », soulignent les auteurs. La liberté est ordonnée, la discipline assurée par la vision commune de l’entreprise. Le rôle clé du leader libérateur est de communiquer, de faire partager la vision d’entreprise. Les salariés s’approprient une vision d’entreprise lorsqu’ils sont libres de prendre leurs propres décisions pour la mener à bien. Être libre de faire A ou B les oblige à réfléchir aux critères de choix entre les deux options, donc à réfléchir à la vision de l’entreprise. Ce sont des entreprises dans lesquelles on n’essaie pas de motiver les salariés mais plutôt dans lesquelles on met en place un environnement qui permet aux salariés de se développer et de s’auto-diriger.

Convaincu que la confiance rapporte plus que le contrôle, le leader libérateur part du principe que l’homme est bon. Comme le souligne l’un d’entre eux: « Je préfère me brûler les ailes de temps en temps que de traiter mes salariés comme des gens sournois. » Le leader libérateur supprime donc tout ce qui ressemble à une carotte ou à un bâton. Il supprime également les organigrammes, dont la lecture nous dit trop souvent que l’homme, quand on le réduit à une case, est inintelligent, irresponsable et paresseux. Autre signe particulier : le leader libérateur renonce aux symboles matériels du privilège. Les grands bureaux tout en haut de l’immeuble, les limousines avec chauffeur et les places de stationnement nominatives sont quelques-uns des signes d’inégalité qu’il évite. « Quand on traite les gens avec considération, résument les auteurs, qu’on leur accorde le soutien nécessaire à leur développement et à leur auto-direction, ils se motivent eux-mêmes et prennent des initiatives, lesquelles entrainent à leur tour une amélioration des résultats et un accroissement de leur bien-être personnel. À l’inverse, quand l’environnement exerce un contrôle sur les gens et les empêche de satisfaire leurs besoins universels, la motivation passe sous contrôle extérieur et ils ne font plus que ce pour quoi ils sont récompensés ou sanctionnés ».

Pour élaborer leur tableau comparatif, empreint d’une belle conviction et d’un optimisme qui flirte parfois avec la candeur, les auteurs se sont appuyés sur une série d’enquêtes menées pendant plusieurs années dans une dizaine « d’entreprises pourquoi »: W. L. Gore et Associates, La fonderie de cuivre FAVI, Sun Hydraulics, Harley Davidson, Richards Group… Écrit dans un style alerte et structuré autour d’exemples concrets et convaincants, Liberté & Cie est un ouvrage vivifiant qui a pour mérite de rappeler certaines évidences trop souvent oubliées quant à la conduite des entreprises.

Philippe Olivier

Cahier de la communication interne n°30

  1. Liberté & Cie. Quand la libert&eacut...

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