L’intelligence artificielle

L'intelligence artificielle : de quoi parle-t-on ? Quels enjeux ? Quelles conséquences pour les organisations ?

Avec l'avis d'expert de Dominique Turcq, docteur en sciences sociales (EHESS) et fondateur de l'Institut Boostzone, centre de recherche sur l'avenir du monde du travail et du management des hommes.

Les fiches Décryptages permettent de comprendre un terme ou une notion d’actualité et d’en entrevoir les impacts pour les communicants internes.


Chiffres 

  • Selon une étude menée par l’entreprise Narrative Science en 2016, 80 % des cadres ont une bonne opinion de l’intelligence artificielle. En effet, ils estiment que l’intelligence artificielle peut à la fois améliorer la productivité des travailleurs tout en créant de nouveaux postes.
  • 5 milliards de dollars, c’est le volume que représentera le marché de l’IA à compter de 2020 selon les experts de Markets and Markets (cabinet américain de recherche sur les menaces et les opportunités économiques)

Source : Humanoides, Intelligence artificielle : les 10 chiffres clés


De quoi parle-t-on ?

L'intelligence artificielle (ou IA), est définie par Marvin Lee Minsky, l’un de ses créateurs, comme « la construction de programmes informatiques qui s'adonnent à des tâches qui sont pour l'instant, accomplies de façon plus satisfaisante par des êtres humains car elles demandent des processus mentaux de haut niveau tels que : l'apprentissage perceptuel, l'organisation de la mémoire et le raisonnement critiquée ». On parle d’intelligence artificielle car elle est le résultat d’un processus créé par l’homme, plutôt que d’un processus naturel biologique et évolutionnaire.

L’exemple le plus connu en termes d’IA est l’assistant vocal d’Apple, Siri.

Aujourd’hui, il existe deux types d’intelligences artificielles :

  • IA faible: il s’agit de l’approche la plus pragmatique de l’intelligence artificielle. Dans ce cas de figure, le système est capable de reproduire une action ou de répondre à un problème précis sans dépasser son périmètre de conception (ex : chatbot*)
  • IA forte: elle se différencie de la première par sa capacité à évoluer au cours du temps et par sa ressemblance avec l’intelligence humaine. En d’autres termes, l’IA forte a pour capacité de raisonner et de résoudre des problématiques nouvelles, de se baser sur l’expérience pour évoluer. C’est cette forme de l’intelligence artificielle qui soulève de grands débats en interrogeant la place de l’humain face à la machine (ex : la voiture autonome)

* Un chatbot (contraction des termes anglais « chat » et « robot ») ou aussi connu sous le terme d’agent conversationnel, est un programme informatique qui peut (par exemple) lire des messages (email, SMS, chat …) et y répondre en quelques secondes en fonction de réponses préprogrammées.


Quels enjeux ?

En 2017, l’Intelligence artificielle s’est invitée sur le devant de la scène médiatique en soulevant de nombreux débats sur les effets néfastes qu’elle pourrait engendrer dans la société (Ex : remplacement de l’humain par la machine). Si elle suscite également de nombreux fantasmes, l’émergence de l’intelligence artificielle voit naitre une réflexion éthique sur son utilisation. C’est par exemple le cas du gouvernement français qui prend le sujet au sérieux en confiant à Cédric Villani, mathématicien et homme politique, la mission d’établir un rapport pour établir une stratégie sur l’encadrement de l’IA en France.

A cela s’ajoutent des enjeux économiques puisque l’intelligence artificielle représente l’une des plus importantes opportunités économiques des années à venir. En effet, selon une étude récente du cabinet PwC, elle permettrait de générer 15 700 milliards de dollars de gains économiques pour les entreprises d’ici 2030.

Source : Novethic, L’intelligence artificielle pourrait générer 15 700 milliards de dollars d’ici 2030 


Quelles conséquences pour les organisations ?

Lorsqu’on se place sous le prisme de l’entreprise, la réorganisation du marché du travail apparait comme l’un des premières conséquences. En effet, l’intelligence artificielle remplacera un certain nombre de postes à faible valeur ajoutée dans les années à venir. En revanche, des études récentes montrent que l’IA permettra aussi de créer de nouveaux emplois notamment pour la « programmer, [l’] éduquer et [la] gérer ».

Source : HBR, Les nouveaux métiers de l’intelligence artificielle

Leur impact sur l’emploi, après avoir été considéré comme fondamentalement destructeur, commence à être examiné avec plus d’optimisme tant les potentiels de l’IA quant à la création de nouveaux produits ou services sont considérables (Voir en particulier l’étude McKinsey de novembre 2017)

L’IA va également mettre au défi les travailleurs sur leurs capacités humaines. Si elle tend à supprimer l’humain dans l’exécution de certaines tâches, elle ne pourra pas remplacer l’intelligence émotionnelle propre à l’espèce humaine.  Selon Benoit Raphaël, journaliste, entrepreneur et « éleveur de robots », « cela ne servira à rien de courir derrière l’intelligence des machines car elles sauront toujours être plus performantes que nous les humains, mais nous devons parvenir à nous appuyer sur leurs aptitudes pour revenir à notre essence et avoir finalement plus de temps à être humain ».

Source : L’intelligence artificielle doit rendre les relations humaines exceptionnelles, www.influencia.net


Illustration 

Source : Comprendre l'intelligence artificielle, www.lecadredigital.fr


Avis d’expert 

Dominique Turcq, docteur en sciences sociales (EHESS) et fondateur de l'Institut Boostzone, centre de recherche sur l'avenir du monde du travail et du management des hommes.

 

 

L’Intelligence artificielle nous augmente

"Au-delà des mythes, dystopiques ou utopiques, qui sont véhiculés autour de l’Intelligence artificielle, il faut d’abord bien comprendre ce en quoi elle consiste. Une intelligence artificielle (car il y en a plusieurs sortes) c’est d’abord un ensemble (en général gigantesque) de données plus ou moins bien organisées et objectives (en IA le vieil adage garbage in garbage out fonctionne à merveille). Sur ces données sont appliqués, par des programmeurs plus ou moins compétents, des modèles et des algorithmes, plus ou moins complexes et plus ou moins appropriés à la question à résoudre, afin de demander aux données de répondre à des questions qui leur sont posées (plus ou moins bien). On l’aura compris, la marge d’erreurs et le nombre de biais potentiels sont considérables. Les questions varient de la reconnaissance d’images, de radiographies, de sons, de voix, de signes ou de textes à l’analyse de documents ou à la recherche de signaux faibles et concomitants pour établir des prévisions de météo, de santé ou de maintenance de machines. Le tout n’étant jamais qu’une approximation.

Son impact sur la communication interne - selon les questions auxquelles on lui demandera de répondre, selon les compétences des programmeurs et selon la qualité des données avec lesquelles on la nourrira - pourrait aller du trivial au complexe. Du côté du trivial, plus ou moins utile, on trouvera bien sur les chatbots de tous poils, les traductions live - permettant à tout collaborateur de discuter avec tout collègue sans l’obstacle de la langue - ou la vision par ordinateur (reconnaissance d’images, reconnaissance de mouvements, etc.). Du côté complexe, et donc plus ou moins facile à gérer sur le plan éthique (l’éthique sera l’un des enjeux majeurs que l’IA va poser, notamment à la communication interne), on trouvera l’analyse du contenu des documents et des communications, l’analyse du comportement ou de la motivation des individus, en adéquation ou non avec ce qui est attendu d’eux, l’analyse de l’impact des campagnes de communication, la compréhension des changements culturels en cours dans l’entreprise, le suivi de la perception de la qualité de vie au travail ou des relations sociales, l’évolution des compétences des individus, etc.

L’IA sera un assistant augmentant considérablement les possibilités des hommes et permettant aux fonctions, dont la communication interne, d’être plus efficaces et plus humaines. Comme pour tout outil l’usage ne dépend pas de l’outil mais de l’utilisateur qui, lui et lui seulement, peut être plus ou moins compétent, plus ou moins rigoureux, plus ou moins éthique."