Le savoir dire vient de l’intérieur

Le savoir dire vient de l’intérieur

Jeanne Bordeau, qui dirige l’Institut de la qualité de l’expression, travaille avec les entreprises sur le style de leur langage. Grâce à des chartes sémantiques, elle les aide à s’éloigner d’une langue aseptisée qui ne dit pas vraiment leur identité. Elle est aussi artiste et expose régulièrement ses tableaux dans lesquels les mots disent l’esprit du temps. Rencontre avec une styliste du langage.
Propos recueillis par Jean-Marie Charpentier, Vice-président de l’Afci.

Les entreprises et les lieux de travail ont toujours été des « usines à mots », selon l’expression de la linguiste Josiane Boutet. On a l’impression que le phénomène est encore plus marqué aujourd’hui. Comment situez-vous la place du langage dans l’entreprise?

Jeanne Bordeau: L’époque est saturée de mots, en entreprise particulièrement. Trop de mots sont créés pour exorciser une sorte de vide. Alors que le langage devrait être le sang qui irrigue le corps de l’entreprise, le trop-plein d’informations et l‘« infobésité » aboutissent à un cancer de la langue. Le langage vient pour beaucoup de l’extérieur à jet continu et dans un grand désordre, jusqu’à en perdre le sens des mots. Nous voyons tous les jours dans nos audits linguistiques les dégâts d’une langue pauvre et aseptisée.

"Le langage a malheureusement été l’enfant oublié de la communication et c’est encore vrai aujourd’hui." 

L’entreprise existe dans et par le langage, à condition de parler la langue qui lui ressemble, qui ressemble aux hommes, aux femmes, aux métiers qui la constituent. Elle a besoin de retrouver la richesse du langage, de son langage. On rehausse ce que l’on est par la langue, en n’oubliant pas que le mieux-dire vient de l’intérieur, de l’âme de l’entreprise. La langue, c’est un capital majeur que l’on a malmené avec la tyrannie de la marque, la communication packagée, sans oublier Powerpoint qui, en la synthétisant, l’a asséchée. Il est temps de retrouver l’authenticité de la langue...

Article complet dans les Cahiers de la communication interne n°38

savoir dire