Trajectoires professionnelles, trajectoires de vie : entre engagement et réflexivité – Gérard Gaglio, Mokhtar Kaddouri et Florence Osty

Ce livre est fondé sur six récits de trajectoires professionnelles et de vies personnelles mêlées. Il reprend en substance des mémoires de master en formation continue soutenus à Sciences Po. Les six contributeurs exercent les métiers de consultant, de dirigeant d’entreprise, de gestionnaire des ressources humaines, de responsable de politiques de formation ou de responsable de communication interne.

L’objectif annoncé est de « donner l’opportunité de faire produire des textes sociologiques à des praticiens en organisation qui ont été formés à la sociologie ». On pourrait s’attendre à une lecture aride de mémoires d’étudiants, à une présentation didactique de concepts sociologiques issus des travaux de Renaud Sainsaulieu, Vincent de Gaulejac, Norbert Alter, Didier Eribon, ou encore d’Erwin Goffman… Il n’en est rien, les témoignages sont passionnants, émouvants…

 

J’en tire plusieurs enseignements :

• La réflexivité est une compétence précieuse pour agir en tant que professionnel. Je m’explique. Dans un contexte de transformation permanente, à une époque d’effacement des normes et repères dans les parcours où certaines situations professionnelles imprévisibles peuvent avoir des conséquences parfois irréversibles sur les trajectoires de vie, ces témoignages révèlent comment chacun opère des réajustements et puise des ressources dans son histoire personnelle. Ces six récits mettent tous l’accent sur la richesse des parcours de vie, des reconversions, des ruptures, des transitions biographiques.
Autant d’éléments qui permettent l’émergence de cette réflexivité comme une vraie compétence pour se positionner et agir dans un monde plus incertain que par le passé ;

• Chacun dans ce livre souligne l’importance du travail de récit pour donner sens et cohérence à sa trajectoire professionnelle. Les témoignages rendent compte ici au sens fort de l’expérience socialisatrice du travail.

• Il y a aussi la prise de conscience par chacun de la richesse de sa propre histoire sociale « différente » et d’une expérience incarnée de l’entre-deux organisationnel et humain. Un positionnement singulier qui expose quelquefois à des conflits
de rôles, d’engagement, voire à des conflits de valeurs. Plutôt qu’un handicap, cette position d’entre-deux peut devenir une agilité assumée et revendiquée, une posture de « marginal sécant », de « transfuge » porteur de messages, d’innovation et de transmissions. La maîtrise des règles institutionnelles permet de les faire évoluer ou les détourner au profit de l’aménagement d’un espace d’autonomie et donc de sens au travail. À ce titre, les pages consacrées dans l’un des témoignages à l’analogie voire à la congruence entre l’expérience de « transfuge social » et du « métier de communicant interne » et les conséquences en matière d’éthique du communicant et de ses capacités d’action sont particulièrement enthousiasmantes. Vous souhaitez « apprendre déconstruire pour reconstruire sans se détruire » ? Lisez absolument ces vibrants témoignages pétris d’optimisme !

Jean-Marc Bernardini
Administrateur de l’Afci

 

Issu des cahiers de la communication n°40