Donnez-moi un espace pour changer de monde !

On nous dit qu’il faut partager, être innovant, travailler de façon collaborative. Mais les organisations en silos demeurent et les cultures restent très hiérarchiques. Pourtant, des espaces différents commencent à apparaître, en entreprise et à l’extérieur. Des tiers-lieux d’innovation où les collaborateurs, comme le nom l’indique, collaborent – paraît-il – avec plaisir et efficacité.

 

Les grandes entreprises prennent désormais conscience de l’impossibilité d’innover seules, isolées dans leur coin. Elles ont besoin de plus de vitesse et d’agilité et savent que – sous peine d’uberisation fatale – elles doivent répondre vite aux défis des start-up qui, en quelques mois, remettent en cause leur business model. De plus en plus d’organisations ont compris l’urgence de réinventer leur dispositif d’innovation. D’un système d’innovation centré vers l’intérieur et que l’on verrouille dans un souci de confidentialité, on passe au concept d’écosystème, ouvert vers l’extérieur : c’est ce qu’on appelle l’Open Innovation.

Trouver la solution ailleurs
Le Directeur de l’Innovation de la Société Générale, Aymeril Hoang, nous explique : « notre enjeu est celui de l’ouverture, de faire rentrer l’inattendu chez nous, de sortir des chemins battus. Nous sommes à la recherche d’une porosité nouvelle. Pour commencer, plutôt que de créer notre propre lieu, nous avons préféré aller chercher à l’extérieur des espaces d’inspiration ». La Société Générale a établi un partenariat avec Player, un lieu créé en mai 2015 par Marylène Vicari, rue du Caire, au cœur du quartier des start-up parisiennes. Player ne se positionne pas comme un incubateur pour start-up mais plutôt comme un lieu d’innovation collective qui rassemble, fédère et anime une communauté interdisciplinaire d’environ cinquante chercheurs, sociologues, codeurs et entrepreneurs.

Un espace né dans la discrétion : le Creative-Lab chez Renault
Deux salariés un peu atypiques de Renault – Lomig Unger et Mickael Desmoulins – ont décidé un jour, encouragés par leur manager bienveillante, de préempter une grande salle au fond d’un des longs couloirs du Technocentre de Renault, à Guyancourt. En bons bricoleurs, un peu geeks et adeptes par ailleurs du mouvement des makers, ils y ont installé deux imprimantes 3D et une imprimante laser ainsi qu’un mobilier coloré et récupéré en mode frugal. Résultat : un espace aujourd’hui appelé le Creative Lab qui est l’un des secrets les mieux gardés au sein du groupe Renault. Hyperactifs, ils ont déjà organisé 90 ateliers d’échanges transverses,
18 débats « sandwich » autour de l’innovation, envoyé 120 newsletters à 1500 abonnés attentifs formant désormais une communauté transversale de collaborateurs Renault.

Favoriser le dialogue dans un nouvel écosystème
Au delà des espaces plus ou moins ouverts et dynamiques, c’est l’apprentissage de nouvelles façons de travailler, plus fluides, agiles et créatives qui est en question. Les espaces physiques, qu’ils soient internes ou externes, et les espaces digitaux ne sont jamais que des briques d’un nouvel écosystème dans lequel les salariés – sans oublier ceux qui de plus en plus ont adopté le télétravail – vont pouvoir collaborer et renouer finalement, après des décennies de bureaucratie, avec un certain goût du risque et de l’esprit d’entreprise. Bonne nouvelle, cette transformation digitale – il faudrait plutôt dire transformation dans un monde digital – passe surtout par la confiance, par le développement de relations humaines et par le dialogue. Voici en tout cas une belle mission offerte aux communicants dans ces nouveaux espaces.

 

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Ce texte est extrait d’un article, rédigé par Benedikt Benenati, pour le dossier spécial « Les nouveaux espaces du travail » du n°37 des Cahiers de la communication interne (décembre 2015). Cette revue peut être commandée en ligne, au tarif de 25 € le numéro.