Informer n’est pas communiquer, Dominique Wolton

Dominique Wolton, CNRS Éditions, 2009, 147 pages

Longtemps, le défi premier a été celui de l’information, nous rappelle Dominique Wolton, directeur de l’Institut des sciences de la communication du CNRS.

Liberté d’informer, développement des techniques… En moins de deux siècles, la transformation de l’information a été saisissante. Rare à l’origine, elle est devenue une denrée abondante, surabondante même. Les techniques ont si bien réussi d’ailleurs qu’elles ont fini parfois par occuper la place centrale aux dépens des contenus.

Aujourd’hui encore l’information reste un enjeu - il suffit d’évoquer internet -, mais d’autres défis sont devant nous tant il est vrai qu’« informer n’est pas communiquer ». Ce qui nous attend concerne moins la transmission que la relation, moins l’information que la communication.

La communication est une des questions parmi les plus importantes et les plus difficiles qui soient pour des sociétés aux identités multiples, aux différences accrues, aux tensions de toutes sortes. La relation à l’autre, la relation à celui qui est différent, voilà la difficulté. « Avec la communication, c’est toujours la question de l’autre qui surgit, finalement la plus compliquée aussi bien au niveau de l’expérience individuelle que collective malgré l’omniprésence des techniques ».

Dominique Wolton nous invite à revenir à la vocation première quasi anthropologique de la communication: la prise en compte de l’altérité, la reconnaissance mutuelle. L’affaire n’est pas gagnée, car nous évoluons dans des univers où, à la fois, tout se sait et où règnent l’incompréhension, l’« incommunication ». Il est plus difficile qu’hier de « faire société » avec des individus, des groupes, des communautés, des classes sociales plus éclatés plus atomisés.

Le mot-clé de l’avenir de la communication est « cohabitation ». « Communiquer, dit Dominique Wolton, c’est de moins en moins transmettre, rarement partager, le plus souvent négocier et finalement cohabiter ». En définitive, communiquer c’est apprendre à cohabiter avec l’autre. Le récepteur n’est plus, s’il l’a jamais été, celui qui reçoit par voie hiérarchique ou de façon passive les données, les messages. Il est celui qui peut accepter, refuser, négocier l’information. Et ça change tout. « Le modèle de la cohabitation va bien au-delà des rapports entre information et communication, il concerne un des enjeux normatifs majeurs de l’organisation interne des sociétés contemporaines ».

Dominique Wolton met ainsi la communication au centre du devenir du lien social dans nos démocraties. Quant à l’information, il voit deux défis.

Celui de la connaissance d’abord, car plus la rapidité est là, plus il faut de connaissances (histoire, politique, cultures…) pour situer et comprendre l’information.

Celui des intermédiaires ensuite, car à l’heure où tout le monde sur internet peut être producteur d’informations, le rôle des journalistes est essentiel pour trier, vérifier, sélectionner.

Alors que la tentation existe souvent de les considérer comme secondaires, ce petit livre nous offre en somme une belle occasion de remettre à leur vraie place les enjeux de la communication. Des enjeux de civilisation à vrai dire, parce que la communication c’est la question de l’autre.

 

Jean-Marie Charpentier