Le livre noir du management, Isabelle Bourboulon

Bayard, 2011, 281 pages

Ce livre sur le management est bien dans l’air du temps et nous pourrions ajouter : malheureusement. Quoique… les périodes de crises ne nous poussent-elles pas à inventer de nouveaux modèles ? Après un panorama des évolutions historiques des modes de management de Taylor à nos jours et de ses conséquences pour les salariés, l’auteur nous engage à croire qu’un autre modèle est possible.

La première partie de cet ouvrage dénonce l’imposture managériale, qu’elle s’appelle Ford ou Toyota, le prix étant toujours à payer par les salariés: rythmes accélérés, pressions de tous ordres, injonctions paradoxales, harcèlement, stress, TMS, suicides, jusqu’à l’impossibilité aujourd’hui de pouvoir bien faire son travail. Le management, qui se dit depuis toujours reposer sur des méthodes scientifiques, mesure pourtant tout, même le subjectif ; l’évaluation individuelle détruit le collectif, la qualité totale est un mythe et le travail reste mesuré uniquement à l’aune de ses résultats. La situation n’étant plus tenable, certains se sont engagés à « soigner le travail ».

Dans la deuxième partie nous découvrons la volonté de reconstruire des espaces de débat et d’instaurer une réelle coopération. De l’appel public de François Daniellou aux travaux d’Yves Clot ou Christophe Dejours, à l’apparition de formations alternatives à HEC, aux réflexions au sein d’associations comme le club Entreprise et Progrès ou le CJD, les initiatives se multiplient. Chez Renault, c’est l’opération Recherche-Action qui s’interroge sur les représentations et difficultés au travail.

Et pourquoi pas la suppression de la cotation en continu des marchés afin d’échapper à la dictature de la finance? L’économie sociale et solidaire apparaît comme une intéressante alternative avec ses emplois non délocalisables et sa forte valeur travail.

En conclusion, ce qui s’impose c’est la nécessité d’un vrai dialogue social avec son management de proximité et la restauration des capacités collectives d’action pour peser sur les choses. En quelque sorte, retricoter ce que nous avons détricoté depuis quelques décennies…

Catherine Petithomme

Cahier de la communication interne n°30