3 questions à… Alain de Vulpian & Irène Dupoux-Couturier – Les Cahiers de la communication interne n°44

Nous connaissons Alain de Vulpian, socio-anthropologue, et Irène Dupoux-Couturier, co-présidente d’Happymorphose, au travers de leurs écrits et leur engagement au sein de SOL. Il nous semblait intéressant de partager leur pensée originale et visionnaire.

 

 

 

 

  • Dans un environnement changeant, où en est la communication aujourd'hui ? 

Resituons-nous dans la métamorphose de notre société en cours depuis un siècle. Cette métamorphose radicale prend le contrepied de l'hyper rationalité dans laquelle nous avons été élevés, elle change profondément les gens qui sont devenus des personnes à part entière. Elle transforme le tissu social dans lequel nous vivons, devenu celui des réseaux. Une nouvelle écriture se développe, celle du numérique. L'environnement de l'entreprise change radicalement. La métamorphose, c’est l'importance du vivant et ceci est vrai pour toutes les organisations. Antonio Damasio nous dit que la vie, c’est survivre, se reproduire, s’épanouir. Et cela change tout, particulièrement en termes de communication : il s’agit de favoriser l’élan créatif.

  • Qu’implique cette notion de métamorphose dans l’entreprise ?

Au début des Trente Glorieuses, les dirigeants d'entreprises ont cherché à inventer le futur en tentant de comprendre comment les gens se transformaient. Ensuite, dans les années 50-60, certains chefs d’entreprise (notamment Danone, L’Oréal, Volvo) ont pris conscience que l'essentiel était de développer, dans un climat de compétition intense, la vitalité de l’entreprise pour lui permettre d’anticiper les changements. La communication relayait la vision et la stratégie du dirigeant à l’ensemble de l’entreprise. Dans les années 80-90, la financiarisation et la primauté au court terme ont marqué l’évolution des entreprises. La communication devait transmettre les éléments d’une stratégie, laquelle était au strict bénéfice des actionnaires. Aujourd'hui, avec la complexification de notre société et sa métamorphose, nous sommes en train de tout changer. Pour rester pleine de vitalité, d’ici 10 à 20 ans, il faut que l'entreprise soit en phase avec les attentes des gens, qu'elle produise du bien commun, qu'elle concilie à la fois les attentes des actionnaires, celles du personnel, de la nature, du bien-être de tout le corps social, de l’écologie au sens global. L’objectif d’une entreprise vivante sera l'épanouissement plutôt que l'excellence à tout prix.

  • Que doivent développer les communicant.es internes pour accompagner cette métamorphose ?

Le communicant doit devenir socioperceptif. Il doit développer son intuition et son empathie pour comprendre les changements. Et communiquer à la fois vers la direction et les collaborateurs, des impulsions qui concilient
l'ensemble des objectifs. Dans un monde envahi par le numérique, dont les formes actuelles induisent rumeurs, fake news et divisions simplistes (sur les réseaux sociaux, on ne voit que les opinions qui reflètent les siennes), le communicant doit devenir « catalyseur ». En s'appuyant sur sa propre socioperception, il devient expert dans la compréhension des systèmes en devenir. C’est en définitive la socio-perception de nos entreprises qu’il faut développer. Nous pourrions appeler à l’émergence d’une communication socioperceptive.

 

Cet interview est issu des Cahiers de la communication interne n°44